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dimanche 9 février 2020

Mathematical argumentation as a precursor of mathematical proof


https://www.educ.cam.ac.uk/research/groups/sciencetechnologymaths/maths/seminars/MERG%20seminar%20posters/MERGPoster_NicolasBalacheff.pdf
I am delighted to discuss research on mathematical proof soon with Andreas Stylianides and the Cambridge Mathematics Education team.

Here is the seminar abstract:
Along history or across educational traditions, the space given to mathematical proof in compulsory school curricula varies from a quasi-absence to a formal obligation which for some has turned into an obstacle to mathematics learning. The contemporary evolution is to give to proof the space it deserves in the learning of mathematics. This is for example witnessed in different ways by The national curriculum in England (2014), the Common Core State Standards for Mathematics (2010) in the US or the recent Report on the teaching of mathematics (1918) commissioned by the French government; the latter asserts: The notion of proof is at the heart of mathematical activity, whatever the level (this assertion is valid from kindergarten to university). And, beyond mathematical theory, understanding what is a reasoned justification approach based on logic is an important aspect of citizen training. The seeds of this fundamentally mathematical approach are sown in the early grades. These are a few examples of the current worldwide consensus on the centrality proof should have in the compulsory school curricula. However, the institutional statements share difficulty to express this objective. The vocabulary includes words such as argument, justification and proof without clear reasons for such diversity: are these words mere synonymous or are there differences that we should pay attention to? What are the characteristics of the discourse these words may refer to in the mathematics classroom? Eventually, how can be addressed the problem of assessing the truth value of a mathematical statement at the different grades all along compulsory school? I shall explore these questions, starting from questioning the meaning of these words and its consequences. Then, I shall shape the relations between argumentation and proof from an epistemological and didactical perspective. In the end, the participants will be invited to a discussion on the benefit and relevance of shaping the notion of mathematical argumentation as a precursor of mathematical proof.

Monday 18th November 2019, 2.30-4.00pm
Faculty of Education, Donald McIntyre Building (room GS4)


mardi 14 mai 2019

L'argumentation mathématique, un concept nécessaire

L'argumentation mathématique, un concept nécessaire pour penser l’apprentissage de la démonstration

Les sciences du langage, notamment l’analyse du discours et la logique naturelle, ont eu une influence prépondérante sur les premières recherches sur l’apprentissage de la démonstration qui ont insisté sur les oppositions entre argumentation et démonstration. Ces oppositions sont mises en avant comme l’une des principales difficultés—avec le développement cognitif—de la réalisation du projet d’enseignement. Au cours des deux dernières décades, les travaux se sont multipliés pour confirmer cette difficulté mais en la nuançant soit en montrant la possibilité d’une continuité, notamment dans le cours de la résolution d’un problème, soit en soutenant la possibilité d’une légitimité mathématique de l’argumentation. Ainsi l’argumentation se constitue-t-elle en obstacle épistémologique à l’apprentissage de la démonstration, au sens où elle est à la fois ce contre quoi il se construit et ce avec quoi il avance. De plus, l’attention portée à l’argumentation dans la résolution de problèmes a conduit à dépasser les approches purement heuristiques et mis en évidence le lien étroit entre le développement de la rationalité et celui des connaissances mathématiques depuis les niveaux les plus élémentaires. L’exposé portera essentiellement sur ces évolutions de la recherche, et les propositions de concepts tels qu’argumentation heuristique (Raymond Duval) ou explication ontique (Gila Hanna). Il conclura sur le besoin de forger le concept d’argumentation mathématique pour penser l’apprentissage de la démonstration.




7e Journées Épistémologie Montpellier
« L’argumentation : une pratique multiforme ? »
Mercredi 22 et jeudi 23 mai 2019
salle SC-10.01 à la Faculté des Sciences

mercredi 5 septembre 2018

The complexity of the epistemological genesis of mathematical proof

Travelling through Tokyo and Singapore, it is a great pleasure to make a stop and meet colleagues and friends, hence one talk and two seminars. First at the Joetsu Seminar of Research on Mathematics Education in Tokyo on September the 13th, then in Singapore for a seminar at the Mathematics and Mathematics Education (MME) laboratory of the National Institute of Education (NIE) on September the 18th.
Abstract
Early learning of mathematics is first rooted in pragmatic evidences or learners’ confidence in the facts and procedures taught. Nonetheless, learners develop a true knowledge which works as a tool in significant problem situations, and which is accessible to falsification and argumentation. As teachers know, they could validate what they claim to be true, but based on means in general not conforming to mathematical standards. Teaching these standards requires an evolution of their understanding of what can count as a proof in the mathematical classroom, as well as an evolution of their mathematical knowing. This claim is discussed from the perspective of modelling the learners ways of knowing (the model cK¢), within the framework of the theory of didactical situations, bridging the semiotic system they use, the type of actions they perform and the controls they implement either to construct or to validate the solutions they propose to a problem.



Although this presentation is self-content, it could be interesting to complement it with the CINVESTAV talk which focused more on the didactical situations of validation [ppt], one of the specific situations of the Theory of didactical situations [ppt]

lundi 18 décembre 2017

Contrôle, preuve et démonstration. Trois régimes de la validation (2)

Mise à jour janvier 2020 :
Balacheff N. (2019) Contrôle, preuve et démonstration. Trois régimes de la validation. In: Pilet J., Vendeira C. (eds.) Actes du séminaire national de didactique des mathématiques 2018 (pp.423-456). Paris : ARDM et IREM de Paris - Université de Paris Diderot.
texte accessible en ligne [ici]

L'enregistrement de l'exposé au séminaire national ARDM de Didactique des mathématiques est disponible. Il suffit pour y accéder de cliquer sur l'image ci-dessous. Le résumé et le diaporama sont accessibles [ici].

http://mc.univ-paris-diderot.fr/videos/MEDIA171207155920637/multimedia/MEDIA171207155920637.mp4

Je répondrai aux questions éventuelles dans le fil de commentaires associé à ce billet.

Références utiles (prochainement complétées) :
Brousseau G. (2000) Que peut-on enseigner en mathématiques à l'école primaire et pourquoi ?  Repères IREM 7-10,  n° 38  Topiques éditions.
Duval R. (1992) Argumenter,démontrer, expliquer. Continuité ou rupture cognitive ? Petit X, 31 pp. 37-61.
DGESco (2008) Raisonnement et démonstration.  Ressources pour les classes de 6e, 5e, 4e, et 3e du collège. EduSCOL. Paris : Ministère de l’éducation nationale.
DGESco (2016) Raisonner. Ressources d'accompagnement du programme de mathématiques (cycle 4). Eduscol. Paris : Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. 

samedi 18 novembre 2017

Contrôle, preuve et démonstration. Trois régimes de la validation (1)

Raisonner est l'une des six compétences majeures du socle commun des mathématiques du cycle 4 (années 7, 8 et 9 du cursus français obligatoire). Elle inclut démontrer, c'est-à-dire « utiliser un raisonnement logique et des règles établies (propriétés, théorèmes, formules) pour parvenir à une conclusion » ainsi que « fonder et défendre ses jugements en s’appuyant sur des résultats établis et sur sa maîtrise de l’argumentation. » Démontrer c'est aussi « "donner à voir" les différentes étapes d’une preuve par la présentation, rédigée sous forme déductive, des liens logiques qui la sous-tendent. » des  (DGESco 2016 p.1)

Les mots preuve, démonstration, argumentation sont ainsi utilisés par les textes des programmes de mathématiques et leurs commentaires. Cet usage affirme le caractère central de la démonstration, « moyen mathématique d'accès à la vérité », dans l'apprentissage des mathématiques. Il atteste aussi la difficulté de son enseignement car « [pour] ne pas détourner de la résolution de problèmes les élèves ayant des difficultés à entrer dans les codes de rédaction d’une démonstration, il importe de valoriser les productions spontanées, écrites ou orales, issues des phases de recherche et d’expérimentation (calculs seuls, croquis destinés à comprendre l’exercice, idées de preuve, plan de preuve, etc.). » (DGESco 2016 p.4)

ARDM
J'ai choisi, pour répondre à l'invitation du séminaire national de didactique des mathématiques, d'interroger les avancées de la recherche sur l’apprentissage et l’enseignement de la démonstration et leur capacité à éclairer la mise en œuvre des programmes actuels. Je reviendrai, en introduction, sur le vocabulaire en insistant notamment sur les différents régimes de la validation dans l'activité de l'élève. Puis j'aborderai ces questions dans la problématique de la validation au sens de la théorie des situations didactiques. Les principaux thèmes seront l’articulation entre preuve et connaissance en évoquant brièvement le modèle ck¢, et la relation entre démonstration et argumentation. Une dernière partie portera sur les perspectives ouvertes par les technologies informatiques.


Séminaire national de didactique des mathématiques - ARDM
Paris, 18 novembre 2017 

 
Cliquer [ici] pour obtenir le programme du séminaire national de didactique des mathématiques. Paris, samedi 18 novembre 2017

dimanche 12 novembre 2017

Explanation, proof and mathematical proof - A needed clarification

November 21st update: the final version of Gila Hanna paper “Reflections on proof as explanation” will no longer include the comment which justified this post. However, taking into account this comment was important and the following clarification of the misleading diagram is necessary. I thank Gila for the quality of our exchange and for giving me the opportunity of this clarification.



 For about 30 years, I have used the Venn diagram reproduced here, without noticing how seriously it could be misleading once separated from its context. I realized that when reading recently Gila Hanna “Reflections on proof as explanation” (Hanna 2016). She  referred to this diagram in support to the claim “If one were to take the position that an explanation is simply a deductive argument, then all proofs would automatically be explanations”. This is the consequence of a quick reading of the paper where I used this diagram (Balacheff, 2010, p.130), but with a text making explicit the meaning of the three sets and the corresponding perspective.

In the said 2010 paper, entitled “Bridging proving and knowing in mathematics”, I postulated the following: “the explaining power of a text (or non-textual ‘discourse’) is directly related to the quality and density of its roots in the learner’s (or even mathematician’s) knowing.” I then added explicitly that such a text or discourse is “an “explanation” of the validity of a statement from the subject’s own perspective.” The following intended to position the three expressions: explanation, proof and mathematical proof.
“What is produced first is an “explanation” of the validity of a statement from the subject’s own perspective. This text can achieve the status of proof if it gets enough support from a community that accepts and values it as such. Finally, it can be claimed as mathematical proof if it meets the current standards of mathematical practice. So, the keystone of a problématique of proof in mathematics (and possibly any field) is the nature of the relation between the subject’s knowing and what is involved in the ‘proof’.” (my today emphasis)
Setting this framework was cautious enough not to restrict mathematical proof to logic in a narrow sense but to “the current standards of mathematical practice”. I must recognize that using such a diagram was a bit risky, and misleading for a quick reading.

I first developed this approach at the end of the 80s. Taking the perspective of the learner’s knowing, I chosen the word “explanation” instead of “argumentation” to account for the genuine effort of the learner to respond to the “why” a statement or a result is valid based on his or her “existing knowledge” – as Gila Hanna refers to it; the ground of the claim for validity being the functional organization and semantic value of the statements as opposed to what Duval called their epistemic value. Indeed, the ultimate aim of an explanation is to modify the epistemic value of the statement or result which initially is best qualified as a conjecture. Transforming one's own personal explanation of the validity of a statement into a proof (or a mathematical proof) is a complex process not always successful nor possible. When reading a proof, the reverse process necessary to get from it an explanation of the claimed validity is in itself an issue. It means constructing the links between the content and structure of the proposed proof and the reader’s own existing knowledge. It is in this manner that I understand the issue of the explaining power of a proof.

Hanna G. (2016) reflections on proof as explanation. In: 13th International Congress on Mathematical Education. Hamburg, 24-31 July 2016 [https://www.researchgate.net/publication/316975364]

vendredi 22 janvier 2016

Linking ck¢ and the Toulmin model


http://authors.elsevier.com/a/1SP-K2cWY-QmZm
An original theoretical as well as methodological aspect of Bettina Pedemonte PhD work, was to use the Toulmin schema in relation with a knowledge model in the framework of the Theory of Didactical Situations. We have recently revisited this work and produced  a synthesis of this important outcome. This has led to a paper recently published in the Journal of Mathematical Behavior, in which we analyze students’ conceptions in geometrical problem-solving and their relations to proving. We show how students’ conceptions strongly impact the argumentation activity and the construction of a proof. This is illustrated by analyzing two pairs of students’ argumentations and proofs taken from a set of data collected from a teaching experiment. The use of the Toulmin's model enriched with the ck¢ model allows to elicit the complexity of a cognitive analysis of argumentation and proof that accounts for the students’ knowledge system. Toulmin's model is useful to select those elements in the argumentation that are part of students’ conceptions while ck¢ allows us to see the role they have inside the argumentation.
[click on the cover to get a free copy within the 50 coming days]

jeudi 3 avril 2014

Bridging knowing and proving

The learning of mathematics starts early but remains far from any theoretical considerations: pupils' mathematical knowledge is first rooted in pragmatic evidence or conforms to procedures taught. However, learners develop a knowledge which they can apply in significant problem situations, and which is amenable to falsification and argumentation. They can validate what they claim to be true but using means generally not conforming to mathematical standards. Here, I analyze how this situation underlies the epistemological and didactical complexities of teaching mathematical proof. I show that the evolution of the learners' understanding of what counts as proof in mathematics implies an evolution of their knowing of mathematical concepts. The key didactical point is not to persuade learners to accept a new formalism but to have them understand how mathematical proof and statements are tightly related within a common framework; that is, a mathematical theory. I address this aim by modeling the learners' way of knowing in terms of a dynamic, homeostatic system. I discuss the roles of different semiotic systems, of the types of actions the learners perform and of the controls they implement in constructing or validating knowledge. Particularly with modern technological aids, this model provides a basis designing didactical situations to help learners bridge the gap between pragmatics and theory.



Balacheff N. (2010) Bridging knowing and proving in mathematics An essay from a didactical perspective. In Hanna G., Jahnke H. N., Pulte H. (Eds.) Explanation and Proof in Mathematics. pp.115-135. Springer.
Author preprint available from HAL and arXiv.

vendredi 1 mars 2013

Quelques éléments de vocabulaire, à propos de preuve et de démonstration

Première publication : La lettre de la preuve, [original ici]

Avertissement original et d'actualité : contribution informelle et provisoire...
Ce qui suit est issu de Étude des processus de preuve chez des élèves de Collège -- Balacheff 1988 ; à propos du vocabulaire dans l'enseignement voir plutôt Balacheff 1982 avec quelques éléments sur la transposition.

Les verbes expliquer, prouver, démontrer, sont souvent considérés comme synonymes dans la pratique de l'enseignement des mathématiques en France. On peut s'en assurer aisément par une consultation rapide des manuels scolaires. S'en tenir à ces habitudes constitue à notre sens un obstacle aux recherches sur le domaine qui nous intéresse dans la mesure où elles conduisent à amalgamer différents niveaux d'activité des élèves qu'il est en fait nécessaire de distinguer, comme nous essaierons de le montrer, pour comprendre la complexité du problème de l'apprentissage de la démonstration. Nous proposons dans ce qui suit de préciser ce vocabulaire.

A la suite de Piaget (1970) nous dirons qu'expliquer, "sur le terrain des sciences déductives", c'est d'abord dégager les "raisons" pour "répondre à la question du pourquoi". Mais du point de vue même de la pratique des mathématiques, donner des raisons d'un théorème, l'expliquer et le démontrer relèvent de deux exigences distinctes. C'est le sens de la remarque suivante :
"tout mathématicien sait d'ailleurs qu'une démonstration n'est pas véritablement «comprise» tant qu'on s'est borné à vérifier pas à pas la correction des déductions qui y figurent, sans essayer de concevoir clairement les idées qui ont conduit à bâtir cette chaîne de déductions de préférence à tout autre". (Bourbaki 1948, p.37 note1)
Expliquer renvoie aux significations, c'est-à-dire à la compréhension de la validité d'une assertion, non au sens de la logique, mais au sens de ses relations avec le corps des connaissances mathématiques. Cette "organisation inférentielle de significations" (Halbwachs 1981) peut échapper à une démonstration par ailleurs irréprochable du point de vue de la logique. En témoigne, par exemple, l'aveu célèbre de Cantor quand il interpelle Dedekind à propos de la démonstration qu'il vient d'écrire : "je le vois mais je ne le crois pas" (cité par Cavailles 1962, p.211).

 

Explication

A la suite des linguistes, nous situons l'explication au niveau du sujet locuteur. C'est d'abord pour lui qu'elle établit et garantit la validité d'une proposition, elle prend racines dans ses connaissances et ce qui constitue sa rationalité, c'est-à-dire ses propres règles de décision du vrai. Mais elle est aussi ce discours qui vise à rendre intelligible à un autrui la vérité de la proposition déjà acquise pour le locuteur. Elle ne se réduit pas nécessairement à une chaîne déductive. Miéville la décrit ainsi au terme d'une étude sur "Explication et discours didactique de la mathématique" :
"elle vise à établir chez l'interlocuteur un système d'objets qui ont entre eux une certaine homogénéité. Ces objets se rencontrent, s'agencent, et dans leur affinité, déterminent l'organisation d'une explication qui s'oriente vers la découverte d'un savoir nouveau…" (Miéville 1981, p.150).

Preuve

Lorsqu'une explication est reconnue et acceptée, il convient pour la désigner de disposer d'un terme qui permette de marquer son détachement du sujet locuteur. En mathématique, il est clair que le terme «démonstration», du fait de son acception très spécifique, ne convient pas. Nous retiendrons celui de preuve.

Le passage de l'explication à la preuve fait référence à un processus social par lequel un discours assurant la validité d'une proposition change de statut en étant acceptée par une communauté. Ce statut n'est pas définitif, il peut évoluer dans le temps avec l'évolution des savoirs sur lesquels il s'appuie. Par ailleurs une preuve peut être acceptée par une communauté mais être refusée par une autre. On en a un exemple récent en mathématiques avec le «théorème des quatre couleurs» dont la preuve par Appel et Haken, qui n'est pas une démonstration au sens classique, est acceptée par certains mathématiciens, tel Swart (1980), et est refusée par d'autres, tel Tymoczko (1979) :
"the reliability of the four-colour theorem is not of the same degree as that guaranteed by traditional proofs [en français : démonstration ], for this reliability rests on the assessment of a complex set of empirical factors" (Tymoczko cité par Hanna 1983, p.85).
Mais l'acceptation de l'«explication» de Appel et Haken ne repose pas sur de simples critères de vérification logique : "the very reason those of us who have worked on reducibility testing are happy about Haken, Appel and Koch's reducibility results is that they have to a large extent been independently checked by the use of different programs on different computers" (Swart 1980, p.698).

Démonstration

Le type de preuve dominant en mathématiques a une forme particulière, il s'agit d'une suite d'énoncés organisée suivant des règles déterminées : un énoncé est connu comme étant vrai, ou bien est déduit à partir de ceux qui le précèdent à l'aide d'une règle de déduction prise dans un ensemble de règles bien défini. Nous appelons, suivant ici l'usage, "démonstrations" ces preuves. Ce qui caractérise les démonstrations comme genre de discours est leur forme strictement codifiée. En fait, cette rigueur formelle doit être nuancée au regard de la pratique. Par exemple, certaines étapes de la démonstration peuvent ne pas être explicitées mais laissées aux bons soins du lecteur. Si, en principe, être une démonstration relève, pour un discours, de critères logiques, dans les faits les processus sociaux au sein de la communauté mathématique jouent un rôle important :
"a proof becomes a proof after the social act of «accepting it as a proof». This is true of mathematics as it is of physics, linguistics, and biology " (Manin cité par Hanna 1983, p.71).
Nous prenons, en parlant de communauté mathématique, un point de vue naïf ou, disons, du sens commun. Nous n'ignorons pas qu'au regard même de la démonstration cette communauté n'est pas monolithique. Des doctrines s'opposent (méthode axiomatique, intuitionisme, formalisme, etc.), on en trouvera une discussion intéressante dans Hanna (1983). Mais, comme le reconnaît cet auteur ce qui divise les mathématiciens ce n'est pas la démonstration en tant que telle, mais le choix des axiomes logiques et mathématiques (ibid. p.64-65).

 

Raisonnement et processus de validation

Le mot «raisonnement» a, de façon usuelle, principalement deux acceptions que résume bien
"si le raisonnement, entendu comme acte de l'esprit, se rapproche de plus en plus de l'intuition à mesure que se concentre la pensée, inversement, quand celle-ci se détend dans son expression, verbale ou symbolique, il apparaît comme une certaine manière d'organiser le discours, pour devenir, à la limite, une suite d'opérations formelles exactement réglées, c'est-à-dire un calcul ". (Blanché 1973, p.39) :
Dans l'étude qui nous intéresse cette double acception présente une difficulté car elle introduit lorsque l'on parle du raisonnement d'un individu une ambiguité évidente en ne distinguant pas assez clairement s'il s'agit de l'activité intellectuelle ou de l'explication produite.

Nous réserverons ici le mot raisonnement pour désigner l'activité intellectuelle, en général non complètement explicite, de manipulation d'informations, données ou acquises, pour produire de nouvelles informations. Nous désignerons par processus de validation cette activité lorsque sa finalité est de s'assurer de la validité d'une proposition et éventuellement de produire une explication (resp. une preuve ou une démonstration)

L'argumentation est-elle un obstacle ? Invitation à un débat...

Première publication : La lettre de la preuve, Mai/Juin 1999 [original ici]
 
Le premier diagnostic posé sur ce que pourraient être les sources de difficulté à enseigner et apprendre la démonstration en mathématique a été la nature du contrat didactique le plus naturellement émergeant des positions de l'élève et de l'enseignant relativement aux savoirs en jeu. Parce que l'enseignant est le garant de la légitimité et de la validité épistémologique de ce qui est construit dans la classe, alors l'élève serait privé d'un accès authentique à une problématique de la vérité et de la preuve. Le dépassement de cette difficulté inhérente à la nature des systèmes didactiques peut être recherché dans des situations permettant la dévolution aux élèves de la responsabilité mathématique de ce qu'ils produisent, ce qui signifie l'effacement de l'enseignant dans les processus de prise de décision au cours de la résolution d'un problème au bénéfice d'un effort de construction par les élèves de moyens autonomes de preuve.

L'argumentation, une problématique issue de l'étude des interactions sociales

L'interaction sociale entre les élèves est clairement apparue comme l'un des leviers puissants pour favoriser les processus de dévolution aux élèves d'une responsabilité mathématique sur leur activité et leurs productions. Au point que l'interaction sociale ait pu être considérée par certain comme étant la réponse par excellence aux problèmes posés. La rhétorique des tenants d'une telle position s'articulant essentiellement autour de l'idée que l'enseignant relégué au rôle de guide ou d'animateur des apprentissages ouvrirait la place, par ce seul mouvement de retraite, à une authentique construction des connaissances.

J'ai, comme d'autres chercheurs, étudié de telles situations dans le courant des années 80. Les travaux de cette époque me paraissent avoir confirmé le caractère productif et essentiel de l'interaction sociale, mais ils ont aussi et peut être surtout révélé que par sa nature même ce type d'interaction suscitait des processus et des comportements sociaux allant à l'encontre de la construction d'une problématique mathématique, et plus généralement scientifique, de la preuve par les élèves. Ces processus et comportements pouvaient être rassemblés au sein d'une même thématique de référence, celle de l'argumentation. Je citais à l'époque, à l'appui de la conjecture didactique selon laquelle pour les élèves une problématique de l'argumentation viendrait s'opposer à une problématique mathématique de la preuve, les thèses issues des travaux de Perelman, notamment :
"tandis que la démonstration, sous sa forme la plus parfaite, est une enfilade de structures et de formes dont le déroulement ne saurait être récusé, l'argumentation a un caractère non-contraignant. Elle laisse à l'auteur l'hésitation, le doute, la liberté de choix ; même quand elle propose des solutions rationnelles, aucune ne l'emporte à coup sûr" (Perelman 1970 p.41).
Même sans aller jusqu'à une conception de la démonstration sous sa forme la plus parfaite, ce que nous ferons en nous plaçant du point de vue de la pratique des mathématiciens, il reste une opposition fondamentale sur le terrain de la contribution des ces deux genres de discours à une problématique de la validation. Cette opposition, comme cela est le plus souvent oublié, affecte aussi bien la question de la preuve que celle de la réfutation. Ainsi le traitement ad hoc des contre-exemples par les élèves, dont rendent compte diverses recherches expérimentale, suggère que les contre-exemples sont vus comme des objections plus que comme des réfutations indices d'une contradiction.

L'argumentation, une problématique issue de l'étude des productions verbales

Les rapports entre argumentation et démonstration sont un objet d'étude ancien dans une perspective cognitive et linguistique. Il s'agit alors d'explorer la complexité cognitive de chaque genre, le rapport à la connaissance qu'il implique ou favorise, appuyant l'étude sur l'analyse du texte et des usages de la langue. Pour situer la problématique de tels approches, en reprenant à mon compte une formulation de Jean-Blaise Grize : argumenter est sans doute une activité finalisée, mais c'est une activité discursive (le discours étant quoiqu'il en soit compris comme une activité sociale).

 Argumentation et démonstration se trouveraient moins distingués par le genre des textes correspondants -- Raymond Duval soulignera que la distance discursives entre eux est faible -- que par le statut et le fonctionnement des énoncés, et donc finalement celui de la connaissance mise en jeu. L'argumentation, parce que son fonctionnement semble émerger naturellement des pratiques communes de discours ne permettrait pas l'identification de la modification du statut et du fonctionnement de la connaissance que requiert le travail mathématique, et en retour la modification de fonctionnement du discours lui-même.

L'examen des rapports de l'argumentation et de la démonstration dans cette approche centrée sur l'analyse du discours me paraît conforter la conjecture d'un rapport conflictuel entre les deux genres lorsque l'on se place dans une perspective d'apprentissage des mathématiques. Raymond Duval en conclura que "le développement de l'argumentation même dans ses formes les plus élaborées n'ouvre pas la voie vers la démonstration. Un apprentissage spécifique et indépendant est nécessaire en ce qui concerne le raisonnement déductif" (utilisant ici, à mon avis à tort, raisonnement déductif comme synonyme de démonstration). Il en conclut que la démonstration relève d'un apprentissage "spécifique et indépendant".
Pourtant, l'étude naturaliste des interactions dans la classe, telle que la conduit par exemple Paul Cobb et son équipe, suggère la possibilité d'une argumentation mathématique à laquelle les élèves accèderaient par la pratique de discussions réglées par des normes socio-mathématiques (sociomathematical norms) qui émergeraient des interactions entre l'enseignant et les élèves (l'enseignant étant regardé comme un représentant la communauté mathématique). Dans cette approche construction d'une rationalité mathématique (la démonstration n'est cependant pas enseignée en tant que telle) et argumentation sont étroitement liées.

Différentes conceptions théoriques de l'argumentation

La diversité que nous pouvons percevoir des problématiques de l'argumentation et de ses rapports aux mathématiques, notamment à la démonstration, est à mon sens fondamentalement due à des différences profondes entre les recherches théoriques dans ce domaine. Je ne ferai pas ici une analyse des diverses problématiques de l'argumentation, mais en m'appuyant sur la synthèse proposée par Christian Plantin dans ses Essais sur l'argumentation, je vais essayer de donner une idée de l'importance d'une prise en compte de cette diversité. Trois auteurs, par le contraste de leurs problématiques et leur distance, peuvent être retenus pour constituer un système de repères par rapports auxquels on pourra situer les travaux sur l'argumentation : Chaïm Perelman, Stephen Toulmin et Oswald Ducrot.

A la suite de Perelman on considérera que l'argumentation est moins caractérisée par la prise en charge de son objet que par celle de son auditoire, elle est moins finalisée par l'établissement de la validité d'un énoncé que par la capacité à obtenir l'adhésion d'auditoire. En reprenant la formulation de Plantin, un énoncé dans cette conception a une valeur de raison, voire de vérité, dès lors qu'un individu l'accepte.

Toulmin, en revanche, rapporte la validité d'un énoncé d'abord à celle de la structure du discours (sa rationalité) qui la défend et donc fait fondamentalement dépendre cette validité de celle des prémisses au sein d'une communauté (d'un domaine) de référence dès lors que cette communauté s'accorderait sur les règles.
"[Une argumentation], c'est l'exposition d'une thèse controversée, l'examen de ses conséquences, l'échange de preuves et des bonnes raisons qui la soutiennent, et une clôture bien ou mal établie".
Indépendamment des domaines, le discours argumentatif est organisé sur un mode ternaire permettant le passage de données à une conclusion sous le contrôle le plus souvent implicite d'une "licence d'inférer" (ce schéma peut être augmenté d'indicateurs de force ou de restriction permettant de prendre en compte une incertitude possible sur l'inférence).

Ducrot place l'argumentation au cœur de l'activité de parole. Comme le souligne Plantin, on ne peut pas, dans cette problématique, "ne pas argumenter". La structure de la suite des arguments joue un rôle déterminant : la force d'un argument ne viendra ni de caractéristiques "naturelles" ni de caractéristiques rationnelles, mais de sa place dans l'énoncé. C'est par la structure que l'on signifie, que l'on montre une orientation qui permet de recevoir "r comme la visée intentionnelle de P", ou "R comme une suite possible de P". L'analyse des connecteurs (mots de liaison) prend avec Ducrot un importance particulière parce que ce sont eux qui mettent les informations contenues dans un texte au service de son intention argumentative globale. La polyphonie des connecteurs, enfin, permet de mettre en scène dans le discours non seulement le locuteur mais aussi son protagoniste potentiel, "P mais Q" suggère un sujet adhérant à P auquel le locuteur objecte Q.

Nous remarquons que la référence à l'une ou l'autre de ces conceptions de l'argumentation est susceptible de nous faire adopter une position différente quant à ce que peut représenter l'argumentation dans la pratique des mathématiques, notamment avec une visée d'enseignement et en relation avec la démonstration. En se plaçant dans la suite de Toulmin il paraît possible d'envisager une solution de continuité de l'argumentation à la démonstration, et pourquoi pas de considérer la démonstration comme un genre argumentatif particulier (j'ignore si Toulmin marquait entre argumentation et démonstration (mathematical proof) l'opposition que soulignent les autres approches). En revanche l'existence d'une telle solution paraît douteuse lorsqu'on se place dans le cadre proposé par Perelman ou Ducrot.

Les risques de la reconnaissance d'une "argumentation mathématique"

Ma position à ce moment de ma réflexion me porterait à considérer qu'il y a dans l'argumentation un double mouvement de persuasion et de validation. Si on peut en douter dans certaines disputes dans lesquelles la bonne foi n'est pas de rigueur, on peut en revanche en faire l'hypothèse dans une perspective scientifique excluant la tricherie et le mensonge (position idéale sans laquelle notre objet perdrait tout sens).
  • L'argumentation cherche à emporter l'adhésion d'un auditoire, mais est-ce à dire avec Perelman qu'elle ne se réduirait qu'à cela ?
  • L'argumentation met en scène un objet, la validité d'un énoncé. Mais les sources de la compétence argumentative sont dans la langue naturelle et dans des pratiques dont les règles sont le plus souvent d'une nature profondément différente de celles que requièrent les mathématiques, et qui portent la marque profonde des interlocuteurs et des circonstances. Dans cette mesure je dirais volontiers que les cadres théoriques de Toulmin et Ducrot, de façon cependant moins radicale que Perelman, donnent encore une place centrale aux interactions et régulations sociale (mais peut être Ducrot protesterait-il sur ce point). Or, si l'on postule la sincérité des interlocuteurs dans le champ des pratiques scientifique, l'argumentation devra satisfaire les conditions d'une entrée dans une problématique de connaissance qui implique la décontextualisation du discours, l'effacement de l'acteur et de la durée. Toutes conditions qui vont finalement à l'encontre de la nature profonde de l'argumentation quelle que soit la problématique que l'on veuille lui associer.
Je soutiendrais donc qu'il n'y a pas d'argumentation mathématique au sens souvent suggéré d'une pratique argumentative en mathématiques qui se caractériserait par le fait qu'elle échapperait à certaines des contraintes qui pèsent sur la démonstration. Ceci ne signifie pas que tout discours en mathématique qui vise à établir la validité d'un énoncé ait toujours eu et puisse toujours avoir les caractéristiques d'une démonstration. C'est une richesse des langues latines que de nous permettre de faire une distinction entre preuve et démonstration, en imposant aux première les exigences liées à leur participation à la construction d'une œuvre de connaissance, sans pour autant les soumettre aux exigences de forme de la seconde.

S'il n'y a pas d'argumentation mathématique, il existe pourtant une argumentation en mathématiques. La résolution de problèmes, dans laquelle je dirais volontiers que tous les coups sont permis, est le lieu où peuvent se développer des pratiques argumentatives reprenant des moyens opérationnels ailleurs (métaphore, analogie, abduction, induction, etc.) qui s'effaceront lors de la construction du discours qui seul sera acceptable au regard des règles propres aux mathématiques. Je résumerai en une formule la place que je crois possible pour l'argumentation en mathématiques, allant dans le sens du concept d'unité cognitive des théorèmes forgé par nos collègues italiens :

L'argumentation est à la conjecture ce que la démonstration est au théorème.

Une conséquence que certains jugeront catastrophique est que comme la résolution de problème, l'argumentation sera rebelle à toute tentative d'enseignement direct (bien sûr, je ne confonds pas ici apprentissage de l'argumentation et apprentissage de la rhétorique).

L'argumentation, obstacle épistémologique à l'apprentissage de la démonstration

En conclusion de ce court essai, dans une perspective d'apprentissage, j'en viens à ne soutenir ni la thèse de la continuité ni celle de la rupture entre argumentation et démonstration (ou preuve en mathématique), mais à proposer de reconnaître l'existence d'une relation complexe et constitutive du sens de chacune : l'argumentation se constitue en un obstacle épistémologique à l'apprentissage de la démonstration, et plus généralement de la preuve en mathématique.

Comprendre la démonstration c'est d'abord construire un rapport particulier à la connaissance en tant qu'enjeu d'une construction théorique, et donc c'est renoncer à la liberté que l'on pouvait se donner, en tant que personne, dans le jeu d'une argumentation. Parce que ce mouvement vers la rationalité mathématique ne peut être accompli qu'en prenant effectivement conscience de la nature de la validation dans cette discipline, il provoquera la double construction de l'argumentation et de la démonstration. L'argumentation dans la pratique commune est spontanée, comme le soulignent ceux qui travaillent le discours. Forgée dans les échanges familiaux, dans la cour de l'école, dans des circonstances multiples et souvent anodines, la compétence argumentative de l'élève est à l'image des pratiques familières : elle va de soi. La classe de mathématique est l'un des lieux où l'existence de cette pratique peut être révélée parce que soudain elle apparaît inadéquate (mais les situations pour susciter cette prise de sonscience sont difficiles à construire). Ce serait même à mes yeux une erreur de caractère épistémologique que de laisser croire aux élèves, par quelque effet jourdain, qu'ils seraient capables de production de preuve mathématique quant ils n'auraient qu'argumenté.

Enfin, et il s'agit là d'une point que je n'ai pas abordé mais que l'on ne peut oublier, le point fort qui sépare l'argumentation et la démonstration est la nécessité pour cette dernière d'exister relativement à une axiomatique explicite. Peut être parce que le temps des mathématiques modernes a laissé de trop mauvais souvenirs, l'idée de lier démonstration et axiomatique paraît le plus souvent susciter l'inquiétude sinon une ferme opposition, et pourtant : pourra-on longtemps faire autrement sans réduire la démonstration à une rhétorique particulière ou les mathématiques à un jeu de langage ?

Quelques lectures

Ducrot O. (1980) Les échelles argumentatives. Paris : les éditions de Minuit.
Duval R. (1991) Structure du raisonnement déductif et apprentissage de la démonstration. Educational Studies in Mathematics 22(3) 233-261.
Duval R. (1992) Argumenter, démontrer, expliquer : continuité ou rupture cognitive ? Petit X 31, 37-61.
Perelman Ch. (1970) Le champ de l'argumentation. Bruxelles : Presses Universitaires.
Plantin C. (1990) Essais sur l'argumentation. Paris : Editions Kimé.
Yackel E, Cobb P. (1996) Sociomathematical norms, argumentation, and autonomy in mathematics. Journal for Research in Mathematics Education 27(4) 458-477.