mercredi 5 septembre 2018

The complexity of the epistemological genesis of mathematical proof

Travelling through Tokyo and Singapore, it is a great pleasure to make a stop and meet colleagues and friends, hence one talk and two seminars. First at the Joetsu Seminar of Research on Mathematics Education in Tokyo on September the 13th, then in Singapore for a seminar at the Mathematics and Mathematics Education (MME) laboratory of the National Institute of Education (NIE) on September the 18th.
Abstract
Early learning of mathematics is first rooted in pragmatic evidences or learners’ confidence in the facts and procedures taught. Nonetheless, learners develop a true knowledge which works as a tool in significant problem situations, and which is accessible to falsification and argumentation. As teachers know, they could validate what they claim to be true, but based on means in general not conforming to mathematical standards. Teaching these standards requires an evolution of their understanding of what can count as a proof in the mathematical classroom, as well as an evolution of their mathematical knowing. This claim is discussed from the perspective of modelling the learners ways of knowing (the model cK¢), within the framework of the theory of didactical situations, bridging the semiotic system they use, the type of actions they perform and the controls they implement either to construct or to validate the solutions they propose to a problem.



Although this presentation is self-content, it could be interesting to complement it with the CINVESTAV talk which focused more on the didactical situations of validation [ppt], one of the specific situations of the Theory of didactical situations [ppt]

lundi 19 février 2018

Quelques réflexions à propos du rapport Villani-Torossian


http://www.education.gouv.fr/cid126423/21-mesures-pour-l-enseignement-des-mathematiques.html
Pour répondre aux problèmes de l’enseignement des mathématiques qu’il décrit et analyse, le rapport Villani-Torossian est structuré par deux lignes de force : la formation des enseignants d’une part et d’autre part les relations entre enseignement et recherche, en tant que celle-ci doive éclairer celui-là.  On peut s’en réjouir, mais avec une réserve : la rédaction est manifestement sous-tendue par une conception de la recherche réduite aux sciences cognitives et à la psychologie, voire aux mathématiques. Ainsi la recherche en didactique des mathématiques parait-elle absente ; quoique certains perçoivent sa prise en compte lorsque le rapport évoque la recherche qui doit être conduite dans les classes et la capitalisation sur l’expérience des enseignants. Vieux chercheur en didactique des mathématiques, mon désir est fort de protester et de rappeler les décennies de développement d’une recherche académique internationale à laquelle nous participons activement et d’une façon reconnue. Mais cela serait vain, car on sera rapidement confronté à la question de savoir à quoi cela a servi, et en quoi l’enseignement et l’apprentissage des mathématiques en ont bénéficié.  Il faudra alors remonter dans l’histoire. Rappeler, par exemple, la fragilisation des IREM, la mise à mal de la formation, la précarité récurrente de la recherche universitaire dans ce domaine. Ce ne serait que piètre défense, bien que tout cela ait miné tous nos efforts. La meilleure réponse me parait être ailleurs : dire les résultats de ces recherches, qu’elles aient été conduites dans des équipes universitaires ou dans les IREM, faire le bilan des connaissances rapidement utiles pour les enseignants, faire des propositions de formation initiale ou continue.

« Il semble nécessaire de proposer des enseignements de didactique en mathématiques, qui permettent l'appropriation des enjeux d'apprentissage des savoirs, leur reconnaissance dans les activités scolaires proposées aux élèves, la prise en compte des difficultés récurrentes et ce, dans les différentes facettes de l'exercice d’un futur métier » (p.45). Il faut, bien sûr, proposer de tels enseignements. Nous l’avons fait, nous savons le faire. Comme tout enseignement, les contenus de ces formations s’appuieront sur des connaissances explicites, validées par la recherche en didactique des mathématiques. Comme toute formation universitaire, c’est le lien entre formation et recherche qui garantit la qualité et la pertinence de ces enseignements ; il est indispensable que l’une et l’autre soient confortées.

La cinquième des principales mesures proposées par le rapport, « les étapes d’apprentissage­­­­ », et la sixième, « le cours », soulignent des thèmes sur lesquels nous pouvons faire rapidement des propositions concrètes de contenu et d’action.

La cinquième mesure énonce :
« Dès le plus jeune âge mettre en œuvre un apprentissage des mathématiques fondé sur la manipulation et l’expérimentation ; la verbalisation ; l’abstraction. »  
Cette mesure est en résonnance évidente avec les concepts et les modèles de la théorie des situations didactiques. La mise en œuvre d’un tel apprentissage appelle la conception et l’organisation dans la classe de situations adaptées et favorables. C’est à cela que répond la séquence classique – situation d’action, situation de communication, situation de validation – modélisée par la théorie des situations didactiques (et à quoi elle ne se réduit pas). Il est à ce sujet important de souligner que si ce séquencement est celui de l’apprentissage, il est à l’inverse du séquencement de la conception des situations : les connaissances dont l’apprentissage est visé déterminent les types de validation qui eux-mêmes requièrent des compétences langagières et des représentations. La situation d’action est la porte d’entrée dans le processus d’apprentissage en engageant des connaissances initialement disponibles qui évolueront, se modifieront ou seront rejetées et remplacées par les connaissances visées. L’enseignant est présent tout au long de ce parcours, il crée les conditions de l’engagement de l’élève, il l’accompagne en adaptant ses interventions et, au bout du chemin, il identifie, nomme, ce qui est appris. Dans ce cadre, on le comprend, l’erreur n’est pas une faute mais appartient de façon naturelle aux efforts d’exploration, aux tentatives de solution ; elle est constitutive de l’apprentissage (p.15). Enfin, de telles situations « sollicitent [la] créativité [des élèves], développent leur motivation, encouragent leur esprit d’autonomie et d’initiative » (p.58). L’ingénierie didactique rassemble les méthodes et les outils pour concevoir de telles situations et leurs séquencements en s’appuyant sur les modèles et les concepts de la théorie des situations. Elle répond pleinement à la volonté d’apporter à l’enseignant « [qui] ne se voit pas comme un technicien "exécutant" mais comme un professionnel » les connaissances pour le rendre « capable d’analyser sa propre pratique » (p.19). En adoptant l’ingénierie didactique comme approche structurante, la formation s’articulera sur « la pratique du métier, permettant ainsi aux enseignants de s’approprier des notions de didactique des mathématiques, de la maternelle au cycle 3 » (p.13).

La situation de validation est une étape, en quelque sorte, terminale du cheminement vers la notion mathématique qu’il faudra encore expliciter pour qu’elle prenne sa place dans le corpus enseigné, puis travailler pour se l’approprier pleinement. Elle est aussi le point de départ de la construction de l’enseignement. Cette centralité correspond à l’indispensable prise de conscience, par les élèves, du problème de la validité de ce qu’ils apprennent. Cette prise de conscience fonde la culture scientifique et citoyenne bien au-delà des mathématiques elles-mêmes. Elle est indispensable à la compréhension de ce que sont les mathématiques, le rapport est sur ce point très explicite : « la notion de preuve est au cœur de l’activité mathématique, quel que soit le niveau (de façon adaptée, cette assertion est valable de la maternelle à l’université) » (p.25).

Ainsi la sixième mesure énonce-t-elle :
« Rééquilibrer les séances d’enseignement de mathématiques : redonner leur place au cours structuré et à sa trace écrite ; à la notion de preuve ; aux apprentissages explicites. »
Il y a quelques décennies, il n’aurait été question que de la démonstration. L’accent mis ici sur la notion de preuve est significatif. Il permet notamment de vouloir sa présence dès le cycle 1 et d’envisager l’apprentissage dans la durée. L’apprentissage de la démonstration sera alors une étape particulière, préparée par la prise de conscience progressive de la nature et du rôle de la preuve, et l’acquisition de compétences de validation associées au fil du développement de la connaissance. La section 3.1.2 du rapport dédiée à « La preuve » (pp.25-26), par la variété des formulations, illustre toute la difficulté de cet enseignement : « démarche de justification argumentée », « formes d’argumentation propres aux mathématiques », « démonstration » ; la même difficulté se retrouve dans les programmes de 2016 (compétences mathématiques, raisonner). Argumentation, preuve, démonstration ne sont pas synonymes, ces termes renvoient à des productions dont les caractéristiques sont différentes, et sont le produit d’activités – argumenter, prouver, démontrer – qui n’ont ni la même nature, ni la même fonction dans les mathématiques et leur pratique collective, ni la même complexité conceptuelle et langagière. Depuis une trentaine d’années, la recherche en didactique des mathématiques a largement documenté ces questions et produit des résultats sur lesquels on peut s’appuyer. Il est remarquable que les recherches internationales dans ce domaine se soient si largement multipliées, avec la publication de très nombreux articles, livres et la tenue de conférences. La formation des enseignants sur l’enseignement de la preuve, dès les premières années, pourra ainsi s’appuyer sur un large corpus de résultats et d’exemples de situations de classes utilisées pour ces recherches.

La didactique des mathématiques est déjà une composante des enseignements dispensés par les ESPE. Cette formation s’appuie, chaque fois que cela est possible, sur des équipes de recherche. Le rapport montre pleinement son importance, il faut saisir cette opportunité. Certes, très malheureusement, le texte parait ignorer ces recherches et leurs liens forts et anciens avec la formation tant initiale que continue. Plutôt que d’exprimer des regrets et des protestations qui ne seront pas entendues, nous devons avancer, avancer encore, avancer mieux.

Une suggestion ? Créer une base de données constituée des ingénieries bases des dispositifs expérimentaux (projets, thèses, etc.) en les documentant de façon normalisée (objectif, script, bénéfices, limites, etc.).  Les utilisateurs, des enseignants mais pas seulement, pourront adapter ces propositions et documenter en retour. En complément des travaux théoriques, des exposés de concepts, méthodes et de la publication des résultats, une telle ressource approfondira encore le lien entre recherche et pratique. Je ne sous-estime ni la complexité, ni le risque que courent les transferts trop hâtifs de dispositifs expérimentaux vers la classe. Mais le défi vaut d’être relevé avec les formateurs et les enseignants.  Je pense que c’est un moyen de répondre assez directement et précisément au souhait formulé par le rapport Villani-Torossian : « La formation doit permettre aux enseignants de s’approprier des ressources avec toute la distance critique nécessaire, pour concevoir des situations d’enseignement riches. » (p.13).

jeudi 15 février 2018

Une vie pour l'apprentissage des mathématiques et la pensée informatique

Mathématicien et pionnier des technologies éducatives, Seymour Papert a contribué de façon décisive à l’orientation des recherches sur les environnements informatiques pour l’apprentissage humain (EIAH). Son œuvre est à l’origine d’un courant de recherche international sur l’apprentissage des mathématiques avec lequel la recherche en didactique des mathématiques entretient des relations – que l’on pourrait qualifier de dialectiques – depuis le début des années 80. Victime d’un accident en 2006 à Hanoï, où il était l’invité d’une conférence de la 17° étude ICMI2 sur l'utilisation des technologies numériques dans l'enseignement et l'apprentissage des mathématiques, Seymour Papert a dû brutalement interrompre son activité académique. Il est décédé le 31 juillet 2016.

La revue Recherches en Didactique des mathématiques a souhaité lui rendre hommage, c’est le sens du texte que j'ai proposé pour le numéro 37/2-3 qui vient de paraître. Après avoir évoqué des jalons importants de la vie scientifique de Seymour Papert, ce texte revient sur deux concepts clés, micromonde et constructionisme, qui constituent les piliers fondateurs de son œuvre.

Papert lors de l'ouverture officielle du London Knowledge Lab (début à 14min 15s)

L’héritage de Papert est bien vivant, et l’exploration des voies qu’il a ouvertes est prometteuse. Un Lutin m'a suggéré avec malice de conclure par une citation ; clin d’œil et manière  d’invitation :
"What make our century’s science thinking different from any other century are the ideas associated with computation, computers and information science, and the idea that we should  give children this powerful thing they care about more than anything else, that they ought not to know what goes on inside it - it blows the mind." (Papert 2004)

lundi 18 décembre 2017

Contrôle, preuve et démonstration. Trois régimes de la validation (2)

Mise à jour janvier 2020 :
Balacheff N. (2019) Contrôle, preuve et démonstration. Trois régimes de la validation. In: Pilet J., Vendeira C. (eds.) Actes du séminaire national de didactique des mathématiques 2018 (pp.423-456). Paris : ARDM et IREM de Paris - Université de Paris Diderot.
texte accessible en ligne [ici]

L'enregistrement de l'exposé au séminaire national ARDM de Didactique des mathématiques est disponible. Il suffit pour y accéder de cliquer sur l'image ci-dessous. Le résumé et le diaporama sont accessibles [ici].

http://mc.univ-paris-diderot.fr/videos/MEDIA171207155920637/multimedia/MEDIA171207155920637.mp4

Je répondrai aux questions éventuelles dans le fil de commentaires associé à ce billet.

Références utiles (prochainement complétées) :
Brousseau G. (2000) Que peut-on enseigner en mathématiques à l'école primaire et pourquoi ?  Repères IREM 7-10,  n° 38  Topiques éditions.
Duval R. (1992) Argumenter,démontrer, expliquer. Continuité ou rupture cognitive ? Petit X, 31 pp. 37-61.
DGESco (2008) Raisonnement et démonstration.  Ressources pour les classes de 6e, 5e, 4e, et 3e du collège. EduSCOL. Paris : Ministère de l’éducation nationale.
DGESco (2016) Raisonner. Ressources d'accompagnement du programme de mathématiques (cycle 4). Eduscol. Paris : Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. 

samedi 18 novembre 2017

Contrôle, preuve et démonstration. Trois régimes de la validation (1)

Raisonner est l'une des six compétences majeures du socle commun des mathématiques du cycle 4 (années 7, 8 et 9 du cursus français obligatoire). Elle inclut démontrer, c'est-à-dire « utiliser un raisonnement logique et des règles établies (propriétés, théorèmes, formules) pour parvenir à une conclusion » ainsi que « fonder et défendre ses jugements en s’appuyant sur des résultats établis et sur sa maîtrise de l’argumentation. » Démontrer c'est aussi « "donner à voir" les différentes étapes d’une preuve par la présentation, rédigée sous forme déductive, des liens logiques qui la sous-tendent. » des  (DGESco 2016 p.1)

Les mots preuve, démonstration, argumentation sont ainsi utilisés par les textes des programmes de mathématiques et leurs commentaires. Cet usage affirme le caractère central de la démonstration, « moyen mathématique d'accès à la vérité », dans l'apprentissage des mathématiques. Il atteste aussi la difficulté de son enseignement car « [pour] ne pas détourner de la résolution de problèmes les élèves ayant des difficultés à entrer dans les codes de rédaction d’une démonstration, il importe de valoriser les productions spontanées, écrites ou orales, issues des phases de recherche et d’expérimentation (calculs seuls, croquis destinés à comprendre l’exercice, idées de preuve, plan de preuve, etc.). » (DGESco 2016 p.4)

ARDM
J'ai choisi, pour répondre à l'invitation du séminaire national de didactique des mathématiques, d'interroger les avancées de la recherche sur l’apprentissage et l’enseignement de la démonstration et leur capacité à éclairer la mise en œuvre des programmes actuels. Je reviendrai, en introduction, sur le vocabulaire en insistant notamment sur les différents régimes de la validation dans l'activité de l'élève. Puis j'aborderai ces questions dans la problématique de la validation au sens de la théorie des situations didactiques. Les principaux thèmes seront l’articulation entre preuve et connaissance en évoquant brièvement le modèle ck¢, et la relation entre démonstration et argumentation. Une dernière partie portera sur les perspectives ouvertes par les technologies informatiques.


Séminaire national de didactique des mathématiques - ARDM
Paris, 18 novembre 2017 

 
Cliquer [ici] pour obtenir le programme du séminaire national de didactique des mathématiques. Paris, samedi 18 novembre 2017

dimanche 12 novembre 2017

Explanation, proof and mathematical proof - A needed clarification

November 21st update: the final version of Gila Hanna paper “Reflections on proof as explanation” will no longer include the comment which justified this post. However, taking into account this comment was important and the following clarification of the misleading diagram is necessary. I thank Gila for the quality of our exchange and for giving me the opportunity of this clarification.



 For about 30 years, I have used the Venn diagram reproduced here, without noticing how seriously it could be misleading once separated from its context. I realized that when reading recently Gila Hanna “Reflections on proof as explanation” (Hanna 2016). She  referred to this diagram in support to the claim “If one were to take the position that an explanation is simply a deductive argument, then all proofs would automatically be explanations”. This is the consequence of a quick reading of the paper where I used this diagram (Balacheff, 2010, p.130), but with a text making explicit the meaning of the three sets and the corresponding perspective.

In the said 2010 paper, entitled “Bridging proving and knowing in mathematics”, I postulated the following: “the explaining power of a text (or non-textual ‘discourse’) is directly related to the quality and density of its roots in the learner’s (or even mathematician’s) knowing.” I then added explicitly that such a text or discourse is “an “explanation” of the validity of a statement from the subject’s own perspective.” The following intended to position the three expressions: explanation, proof and mathematical proof.
“What is produced first is an “explanation” of the validity of a statement from the subject’s own perspective. This text can achieve the status of proof if it gets enough support from a community that accepts and values it as such. Finally, it can be claimed as mathematical proof if it meets the current standards of mathematical practice. So, the keystone of a problématique of proof in mathematics (and possibly any field) is the nature of the relation between the subject’s knowing and what is involved in the ‘proof’.” (my today emphasis)
Setting this framework was cautious enough not to restrict mathematical proof to logic in a narrow sense but to “the current standards of mathematical practice”. I must recognize that using such a diagram was a bit risky, and misleading for a quick reading.

I first developed this approach at the end of the 80s. Taking the perspective of the learner’s knowing, I chosen the word “explanation” instead of “argumentation” to account for the genuine effort of the learner to respond to the “why” a statement or a result is valid based on his or her “existing knowledge” – as Gila Hanna refers to it; the ground of the claim for validity being the functional organization and semantic value of the statements as opposed to what Duval called their epistemic value. Indeed, the ultimate aim of an explanation is to modify the epistemic value of the statement or result which initially is best qualified as a conjecture. Transforming one's own personal explanation of the validity of a statement into a proof (or a mathematical proof) is a complex process not always successful nor possible. When reading a proof, the reverse process necessary to get from it an explanation of the claimed validity is in itself an issue. It means constructing the links between the content and structure of the proposed proof and the reader’s own existing knowledge. It is in this manner that I understand the issue of the explaining power of a proof.

Hanna G. (2016) reflections on proof as explanation. In: 13th International Congress on Mathematical Education. Hamburg, 24-31 July 2016 [https://www.researchgate.net/publication/316975364]

mardi 13 juin 2017

A note on Bourbaki's definition of function, in the context of Anna Sfard characterization of conceptions



The Ana Sfard influential article published in Educational Studies in Mathematics in 1991 on the dual nature of mathematical conceptions is still important to read. I recently came back to this paper while working on the conceptions of function using of the modelling framework cK¢.  Indeed there is a difference in our approaches since her approach of Ana Sfard, defining a conception as the mental counterpart of a concept, the latter being the official form of a "mathematical idea". This meaning of "concept" seems close to the usual meaning of the French word " savoir", and far from the one adopted for cK¢ -- but this is another discussion. On the other hand both approaches have in common the recognition of methodological constraints: we have no choice in order to make sense of the formation of abstract (mathematical) objects but to describe them in terms of such external characteristics as student’s behaviours, attitudes and skills (Sfard 1991 p.19).

Anna Sfard distinguishes two types of conception, operational and structural. The former is characterized in terms of processes, algorithms and actions, while the latter is "treating mathematical notions as if they referred to some abstract object" (ibid. pp.3-4). The methodological constraints gives an advantage to evidencing operational conceptions but make it delicate for structural conceptions. Following Anna Sfard, a critical indicator of the presence of a structural conception is the capacity to recognize an idea "at a glance" and "to manipulate it as a whole, without going into details" (ibid. p.4).  This emergence of a structural conception would be empirically reflected by the "attempts at translating  operational intuition into structural definition" (ibid. p.15).  Anna Sfard sees the most achieved state of development of the conception of function in "the now widely accepted, purely structural Bourbaki's definition. This simple description presented function as a set of ordered pairs and made no reference whatsoever to any kind of computational  process." (ibid. p.15)

The initial ambition of the founders of the Bourbaki group [1], was to write a treatise for the teaching of calculus (incidentally claimed to be accessible to a not so smart student obliged to work alone [2]). There is no question about the structural character of the Bourbaki’s conception of function; however its characterization by Anna Sfard (ibid. p.5 Fig.1) as "Set of pairs (Bourbaki 1934)" is a bit short. Indeed, ordered pair should have been written here instead of pair, but there is more to say. The definition of function appears in the Set theory book (ST) where it emerges, so to say, from the definition of functional relation which is a restriction of the definition of relation

"Let R be a relation in C  [equalitarian theory]. The relation "(x)R and there exists at most one x such that R" is denoted by "there exists exactly one x such that R". If this relation is a theorem in C, R is said to be a functional relation in x in the theory C." (ST p.48)

Then function is further defined as a set of ordered pairs under a specific condition: 

"A graph F is said to be a functional graph if for each x there is at most one object which corresponds to x under F (Chapter l, § 5, no. 3). A correspondence f= (F, A, B) is said to be a function if its graph F is a fonctional graph and if its source A is equal to its domain pr1F. In other words, a correspondence f = (F, A, B) is a function if for every x belonging to the source A of f the relation (x, y)F is functional in y (Chapter l, § 5, no. 3); the unique object which corresponds to x under f is called the value of f at the element x of A, and is denoted by f(x) (or fx, or F(x), or Fx)." (ST p.81)

By the way, the contemporary teacher may interpret the graph as a curve, and the condition as the perpendicular line criterion which is often associated to the characterization of function in Anglo-Saxon curricula. In an informal way, Bourbaki accepts here to aggregate functional relation and functional graph in one single concept: "Throughout this series we shall often use the word "function" in place of "functional graph"." (ST p.82).

Eventually, Bourbaki comes back to all definitions in the “Summary of results” of the Set theory book, with the idea of fixing terms which will be used in the remainder of the series of the treatise. He adds the following caveat as a footnote:  "The reader will not fail to observe that the "naïve" point of view taken here is in direct opposition to the "formalist" point of view taken in Chapters 1 to IV. Of course, this contrast is deliberate, and corresponds to the different purposes of this Summary and the rest of the volume." (ST p.347). The following definition of function is proposed in this context:

"Let E and F be two sets, which may or may not be distinct. A relation between a variable element x of E and a variable element y of F is called a functional relation in y if, for all xE, there exists a unique yF, which is in the given relation with x. We give the name of function to the operation which in this way associates with every element xE the element yF which is in the given relation with x; y is said to be the value of the function at the element x, and the function is said to be determined by the given functional relation." (ST p.351) 

This definition bridges the naïve (in the Bourbaki sense) understanding of function with its formal characterization. However, the word "variable", which didn't appear before in the book, is here an adjective which meaning is fixed in the first section of the Summary of results:  "variable element" means "arbitrary element" (ST p.347). By denoting "the operation", the word "function" keeps some contact with what Anna Sfard (1991 p.15) refers to as "its intuitive origin". It is close to the prototypical example of operational conception she gives in the [Fig.1] of her article, quoting Richard Skemp: "well defined method of getting from one system to another" (or computational process).

The Bourbaki construction provides an example of an explicit link between the Anna Sfard structural and operational conceptions of function. From a different perspective, it illustrates well the claim that “the terms "operational" and "structural" refer to inseparable, though dramatically different, facets of the same thing." (Sfard 1991 p.9). In this quick record of the Bourbaki enterprise to define "function", we see the coherent and explicit integration of different connotation: functional relation, functional graph, operation. In naïve words, they are facets of an object which are unified by the formal construction.  This notion of object can be easily related to that of high-level interiorization proposed by Anna Sfard.